La Médaille miraculeuse trouve son origine dans les apparitions de 1830 où la Vierge Marie se manifeste à Catherine Labouré, une novice des Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul, dans une chapelle située au 140 rue du Bac, à Paris. Lors de l’apparition du 27 novembre, elle lui montre le modèle d’une médaille à faire frapper, promettant des grâces à ceux qui la porteront avec confiance. Au revers figure un grand « M » surmonté d’une croix, entouré de deux cœurs – celui de Jésus et celui de Marie –, symbole de leur union spirituelle.
Frappée avec l’accord de l’archevêque de Paris, la médaille est distribuée dès 1832, alors que la France est durement touchée par une épidémie de choléra. On lui prête dès lors des propriétés de protection et de guérison. Elle sera distribuée à plus d’un milliard d’exemplaires à travers le monde depuis ce temps.
Nous verrons ici comment trois éléments de la médaille s’inscrivent dans le territoire français, soit la lettre M, la croix qui la surmonte, ainsi que le sacré-cœur de Jésus.
Le M de Marie
Le « M de Marie » représente l’initiale de Marie, mais il est aussi associé à une géographie symbolique reliant plusieurs apparitions subséquentes. Le tracé formé par les apparitions de La Salette (1846), Lourdes (1858), Pontmain (1871), et Pellevoisin (1876) en passant par la rue du Bac, forme ainsi un « M » à l’échelle du territoire français.
Il s’agit d’une symplanicité dont l’origine serait la Vierge Marie elle-même, mais dont le sens s’est progressivement révélé au cours des dernières décennies. Selon le chercheur en symplanicité Michel Bogé, la première représentation du M de Marie sur la France date de 2010 et aurait pour origine l’Abbaye de Fontevraud. Le M de Marie est désormais associé à des démarches spirituelles, des pèlerinages et des lectures de géographie sacrée.
La croix du Christ
Michel Bogé a retracé l’origine de la croix qui surmonte le M :
Le père Robert Pannet, auteur de L’Épiphanie mariale en cinq actes, nous apprend que c’est le père Aladel, confesseur de Catherine Labouré, qui aurait ajouté la Croix du Christ et par conséquent le support horizontal de cette Croix qu’entrelace le M. Cette ligne relie Domrémy, le village natal de Jeanne d’Arc, à la Fraudais, le village de Marie Julie Jahenny, célèbre mystique catholique.
Originaire du Havre, Bogé a donc reconstitué la croix surmontant le M à partir des axes suivants :
Sanctuaire de Pellevoisin → La Trappe → Sacré-Cœur du Havre
Construite en 1887 et dédiée au Sacré-Cœur de Jésus, l’église du Sacré-Cœur du Havre s’inscrit dans la tradition spirituelle issue des révélations de Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial au 17e siècle. Le montant ainsi dessiné depuis Pellevoisin passe à un kilomètre de l’Abbaye Notre-Dame de la Trappe. Une statue de la vierge, nommée Notre-Dame de la Confiance, a été érigée en 1947 sur la colline boisée surplombant le monastère. Elle est l’accomplissement d’un vœu fait pour protéger l’abbaye de la destruction pendant la Seconde Guerre mondiale.
Notre-Dame de Pontmain → La Trappe → Rue du Bac
La traverse horizontale de la croix (patibulum) se situe entre la Basilique Notre-Dame de Pontmain et la rue du Bac. À mi-chemin entre Pontmain et Paris, le montant et la traverse se rejoignent sur un hameau judicieusement nommé Les Barres, tout près de la statue de Notre-Dame de la Confiance. L’Abbaye de la Trappe et sa statue représentent donc la croisée ou le « cœur » de la croix.
La Fraudais → Sens → Troyes → Domrémy
Le socle de la croix, ou barre traversant le M de la Médaille miraculeuse, est tracé entre la Chaumière de Marie Julie Jahenny à La Fraudais (Blain) et la maison de naissance de Jeanne d’Arc. Ainsi reliés, ces hauts lieux du mysticisme chrétien traversent directement les villes de Sens et Troyes, en passant également à mi-chemin entre Patay et Orléans. On reconnaît ici quatre villes dont l’histoire est étroitement liée aux faits d’armes de Jeanne d’Arc. De plus, cet axe est situé à équidistance entre, Montfort et Saint-Laurent-sur-Sèvre, lieux de naissance et de décès de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, figure majeure de la spiritualité mariale.
Comme on peut le constater ci-dessous, ces tracés réels (socle, montant et traverse) font plutôt penser à une croix de Lorraine lorsque visualisés dans Google Earth.
Le Sacré-Cœur de Jésus
Michel Bogé fait remarquer que le sanctuaire de Paray-le-Monial, dédié au Sacré-Cœur de Jésus, est situé à équidistance entre Pellevoisin et le sommet du mont Blanc, ce qui donne une élévation non seulement symbolique mais physique aux éléments figurant sur la Médaille miraculeuse :
Mon intuition m’a conduit à relier par une droite la chapelle de l’apparition de la Vierge à Pellevoisin à Paray-le-Monial, la ville célèbre pour avoir été le théâtre de diverses apparitions de Jésus à la sœur Marguerite-Marie Alacoque entre 1673 et 1675. En prolongeant cette droite, on s’aperçoit qu’elle atteint le massif du Mont-Blanc.
En reliant directement le sommet du Mont Blanc à la chapelle de Pellevoisin, on constate que la ligne qui traverse Paray-le-Monial croise avec précision la rue de la Visitation, entre la basilique du Sacré-Cœur et la chapelle des apparitions. Remarquable symplanicité pour une ligne de plus de 400 kilomètres, mais surtout merveilleux message d’une cohérence incroyable entre la géographie sacrée et le monde du sens (on passe ici du plan en deux dimensions au volume en trois dimensions avec la complicité du sommet le plus élevé du pays).