Étude comparative entre la pensée de Carl Gustav Jung et celle de Michel Bogé. Ébauche générée avec l’intelligence artificielle. Révision par P.-E. Paradis et Michel Bogé. Paris, 29 novembre 2025.

Le concept de synchronicité, formulé par Carl Gustav Jung en 19521, et celui de symplanicité, élaboré par Michel Bogé à partir de 19892, entretiennent une parenté conceptuelle évidente. Tous deux cherchent à décrire les modalités selon lesquelles le sens se manifeste dans le réel en dehors de la causalité linéaire. Cependant, là où Jung situe la coïncidence signifiante dans le temps, Bogé la transpose dans le plan, déplaçant ainsi le phénomène du domaine de l’événement à celui de la structure. 

La synchronicité jungienne : une acausalité signifiante

Jung définit la synchronicité comme la coïncidence temporelle de deux événements qui ne sont pas reliés par la cause, mais par une signification commune3. L’un relève du psychisme, l’autre du monde matériel. Leur rencontre, souvent imprévisible, fait surgir une unité de sens qui transcende la causalité mécanique.

La célèbre anecdote du scarabée illustre ce principe : alors qu’une patiente rapporte un rêve dans lequel apparaît un scarabée d’or, un coléoptère similaire vient heurter la vitre du cabinet de Jung. La simultanéité des deux événements produit une charge symbolique décisive, déclenchant chez la patiente un déblocage psychique.

Jung interprète ce phénomène comme la manifestation d’un ordre acausal reliant psyché et matière : un champ de signification préexistant à la dualité sujet-objet4. La synchronicité devient ainsi un indice empirique d’unité entre monde intérieur et monde extérieur, entre sens et phénomène.

La symplanicité : le plan comme lieu du sens

Michel Bogé, en élaborant le concept de symplanicité, reconnaît la pertinence du modèle jungien, mais remarque que la symplanicité se dégage de tout ancrage temporel. Dans son article La synchronicité de Jung et présentation de la symplanicité5, il indique que le terme de Jung, bien que juste dans son principe, demeure « lié au temps », et qu’il fallait inventer un mot nouveau pour désigner un phénomène qui ne se concrétise ni dans le temps ni dans l’espace à trois dimensions, mais spécifiquement sur le plan.

Pour Bogé, la symplanicité désigne donc la coïncidence de deux plans de réalité : le plan phénoménal (celui du monde matériel et sensoriel) et le plan du Sens (celui du symbole et de la signification). Le croisement de ces deux plans de réalité engendre des lignes de correspondance porteuses de sens, parfois perceptibles à travers des configurations géographiques ou symboliques. La symplanicité remplace ainsi la simultanéité temporelle de la synchronicité par une intersection spatiale et visuelle. Elle conserve l’acausalité jungienne, mais la situe dans une géométrie métaphysique : ce n’est plus le temps qui relie, mais la forme du plan qui rend possible la résonance entre mondes.

De la coïncidence à la structure : mutation de la topologie du sens

La distinction entre synchronicité et symplanicité engage une véritable mutation topologique. Jung décrit des événements ponctuels, dont la signification est perçue a posteriori. Bogé, au contraire, pense la symplanicité comme une structure permanente du réel, un tissu d’intersections où le sens est intemporel.

En substituant au temps le plan, Michel Bogé propose une reformulation du rapport entre matière et sens. La symplanicité ne contredit pas la synchronicité, elle en révèle l’architecture implicite : la structure plane où se produit la rencontre entre le monde phénoménal et le monde du symbole.


Notes

  1. Jung, C.G. Synchronicity: An Acausal Connecting Principle. Dans The Collected Works of C.G. Jung, Vol. 8, Princeton University Press, 1952.
  2. Bogé, M. « La synchronicité de Jung et présentation de la symplanicité », dans Paris Mystères, p. 8. Paris : Éditions Macadam, 2017.
  3. Jung, C.G. Man and His Symbols. Londres : Aldus Books, 1960.
  4. Pauli, W. & Jung, C.G. The Interpretation of Nature and the Psyche. Londres : Routledge, 1955.
  5. Bogé, M. Séminaire : La symplanicité. Observatoire du Réel, 2018.
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