Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur la diagonale de Saint Michel, traversant l’Angleterre d’ouest en est et permettant aux voyageurs du Moyen-Âge ou de l’Antiquité de s’orienter et se déplacer par le plus court chemin possible. Au lieu de présenter en détails les éléments qui jalonnent cet axe historique, nous mettrons ce dernier en relation avec le site mégalithique de Stonehenge, le mont Saint-Michel français et le Skellig Michael irlandais.

Visualisation dans Google Earth

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Fichier .kmz pour Google EarthSt. Michael Leylines.kmz

Trois monts sacrés

Les alignements de Saint Michel sont une forme de triangulation ou de système de repérage préhistorique dont l’origine remonte à il y a plusieurs milliers d’années. Le point le plus important de ce système de référence géographique est sans contredit Avebury Henge, cadran formé d’un remblai circulaire et d’alignements de menhirs, dans la région du Wiltshire.

Avebury Henge est, en quelque sorte, le centre géographique de l’Angleterre. Il forme la pointe d’une pyramide imaginaire. La base de cette pyramide est formée de trois îlots rocheux dédiés à Saint Michel. Le premier est Skellig Michael, sur la côte ouest de l’Irlande, peuplé par des moines catholiques au 7e siècle. Le second est St. Michaels Mount, situé au large de Penzance (Cornouailles) dans l’extrême sud-ouest de l’Angleterre. Cet îlot ressemble au Mont-Saint-Michel de Normandie, de loin le plus connu des trois. Le trait reliant ces trois monts passe par Watch Croft, le point le plus élevé de la région de Cornouailles avec ses 252 mètres d’élévation. Avec un nom si évocateur, on imagine bien les Celtes y surveiller les mouvements d’embarcations nordiques, romaines ou basques, s’approchant des côtes anglaises à des fins pacifiques ou hostiles.

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Skellig Michael, au large de l’Irlande
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St Michael’s Mount
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L’abbaye du Mont-Saint-Michel à marée basse

Jusqu’au Moyen-Orient?

Plusieurs sites Internet et cette page Wikipédia font État d’un axe dédié à Saint-Michel, reliant les trois monts mentionnés ci-haut à d’autres hauts lieux de la Chrétienté, dont l’Abbaye de Cluny, La Sacra di San Michele (Piémont), Monte Sant'Angelo sul Gargano (Pouilles). Cet axe se terminerait au mont Carmel (Israël). Loin de moi l’idée de critiquer ce genre de recherche, mais l’idée d'un alignement ne tient pas la route si ce dernier est dessiné sur un planisphère. En réalité, une telle ligne droite ressemblerait plutôt à un arc une fois ramenée sur la surface courbe de la planète.

L’axe principal

Tel que mentionné plus haut, Avebury Henge est sans contredit le point central de la longue diagonale traversant l’Angleterre, de St. Michael’s Mount à la région de Norfolk. Le tor (colline) de Glastonbury, sur lequel trône le clocher solitaire d’une église maintenant détruite, en est un autre lieu important. Vue à bonne distance, la colline fait automatiquement penser à une île surmontée d’un phare. De part et d’autre de cette ligne droite, à quelques kilomètres tout au plus, une multitude de sites religieux ou de mégalithes forment une sorte de serpentin ou caducée appelé St. Mary's Line.

L’axe principal se termine à l’église Ste-Margaret à Hopton-on-Sea, sur les rives de la mer du Nord. Cette église en ruines se trouve à 6,8 kilomètres de Ness Point, à l’extrémité est des Îles Britanniques. Certains chercheurs affirment que la ligne de Saint-Michel serait orientée vers le soleil levant du 1er mai, fête de Beltaine.

Les axes secondaires

Les deux autres faces du triangle sont le résultat de mes expérimentations dans Google Earth. D’une part, j'ai décidé de relier Avebury Henge à un autre site néolithique fameux, soit Stonehenge. La prolongation de cet axe vers le sud nous mène au Prieuré de Christchurch, dont l’origine remonte au 9e siècle. Outre-Manche, la ligne traverse Cherbourg, et une légère inflexion d’environ un kilomètre la fait passer par l’Abbaye Notre-Dame du Vœu, aujourd’hui en ruines. Et l’on continue ainsi jusqu’à revenir au mont Saint-Michel, non sans avoir traversé les châteaux de Pirou et de Régnéville. Le même exercice, appliqué pour relier Avebury à l'Abbaye de Bath, nous mène à l'église de Saint-Nicolas d'Uphill, située sur le haut d'une falaise en bordure de mer. Si l’on relie Avebury Henge au tumulus géant de Silbury Hill, situé tout près, on obtient également une ligne droite nous menant, à proximité de la Manche, aux ruines du Château de Corfe.

L’axe transversal

J’ai recherché la présence d'un alignement permettant de poursuivre la triangulation du territoire en prenant comme référence le point le plus significatif à l'intérieur du triangle principal, c'est à dire le tor de Glastonbury. Cela a donné une ligne parfaitement droite reliant cinq points dignes de mention. Le point de départ est le Château de Watermouth, folie pseudo-médiévale de l’ère victorienne située sur les côtes du Devon. Après avoir traversé l'Abbaye de Glastonbury et le pied de la colline, la ligne traverse l’ancienne cité néolithique et médiévale nommée Old Sarum (aujourd’hui abandonnée) pour se poser sur la Cathédrale de Winchester. Enfin, à la limite est de l’agglomération de Winchester, la ligne atteint une curieuse forêt plantée en forme de triangle équilatéral. La consultation des « lieux » que nous propose Google Earth nous indique la présence, à quelques dizaines de mètres de là, d’un centre des sciences de forme pyramidale, ainsi que du temple maçonnique de Winchester.

Remarques

  • La topographie est fort probablement à l’origine de tous ces alignements. La recherche de la ligne droite, de sommet en sommet, étant une alternative valable à l’observation des astres lorsqu’il fallait voyager et s’orienter.
  • Selon David Furlong, l’axe principal serait aligné vers le soleil levant du 1er mai, ou plus probablement, vers le coucher de l’étoile Mintaka, appartenant à la constellation d’Orion, vers 2800 avant notre ère.
  • Les lieux de culte chrétiens ont souvent été construites sur les ruines de sites celtiques ou romains, de manière à mieux établir l’emprise de la nouvelle religion. À l’exception des sites néolithiques d’Avebury Henge, Silbury Hill ou Stonehenge, presque tous les points alignés dans ce document datent de l’époque anglo-normande.
  • Les alignements comportent toujours un point de référence en bordure ou à quelques kilomètres des côtes.
  • Les alignements formés d’à peine trois points peuvent être le fruit du hasard, vu la grande quantité d’églises, de châteaux et autres antiquités parsemant les îles britanniques. Cependant, lorsqu’une église est doublée d'une tour de garde, leur positionnement réciproque signale la présence d’un alignement volontaire.